L’homme d’affaires nage depuis quelque temps en eaux troubles, encerclé par des squales qui veulent le couler. Leurs raisons sont des plus obscures.

Sylvestre Ngouchinghé, Président Directeur Général (PDG) de la société Congelcam SA, est dans le collimateur de détracteurs déterminés à le ruiner. Ne lésinant sur les moyens pour l’atteindre, ils ont orchestré une campagne de sabotage, et visent là où ça fait mal : le porte-monnaie. L’on a ainsi pu lire, entre autres quolibets, que la compagnie du sénateur « vend du poisson pourri ». Voyant que l’entreprise a résisté à ces graves accusations, l’imputation a varié. On a alors lu que la compagnie « vend du poisson traité au formol ». Un pas de plus dans le dénigrement outrancier visant à saborder la Congelcam SA. Notre rédaction a voulu comprendre les dessous de cet acharnement.

Approché, un cadre de Congelcam balaie ces attaques d’un revers de langue. Il affirme :« Pour moi, c’est simplement une envie de nuire. Nous sommes une société citoyenne qui va jusqu’à recycler et réutiliser ses emballages pour protéger l’environnement. Nous sommes soucieux du bien-être de nos consommateurs, car dans tous nos points de ventes, des affiches les préviennent de leurs droits. Des numéros y figurent pour toutes leurs réclamations. » Selon lui, les détracteurs se contredisent dans leur volonté de détruire l’entreprise. « Je ne vois pas pourquoi nous mettrions du formol sur nos produits. Si nous le faisions, ces produits ne pourriraient pas. Ils se contredisent ! » Soutient-il.

Tribalismes 

Un sociologue de l’université de Yaoundé I qui a requis l’anonymat, analyse autrement la situation. « Cette société est victime de la conjoncture politique tribaliste et délétère que vit notre pays, et dans laquelle on mélange tout. Le promoteur de la Congelcam SA, faut-il le dire, est Bamiléké. Je subodore que les adversaires des « anglo-bami » ont transposé sur le terrain économique, les querelles politiques qui les opposent à cette communauté. » À en croire l’enseignant, Sylvestre Ngouchinghé est victime de la guerre menée à sa tribu. « Ceux qui accusent cette entreprise de vendre du poisson pourri sont libres soit de changer de fournisseur, soit de porter plainte. Or ils n’en font rien. Ce qui prouve le manque de sérieux dans leurs récriminations » conclut-il.

Le professeur entrevoit l’engagement politique du promoteur de Congelcam SA au RDPC, comme une source probable de ses malheurs. Il explique : « Son encartement au parti au pouvoir peut aussi expliquer ces attaques. Dans cette éventualité, il serait victime de l’opposition, notamment de ses propres frères Bamiléké militants du MRC. Beaucoup d’entre eux sont de vrais fanatiques qui refusent la contradiction, et surtout, voient d’un mauvais œil que leur frère supporte les Bulu. » 

Le malheur de quelqu’un ne venant jamais de loin, une autre source situe les adversaires de Ngouchinghé dans sa propre communauté. « Je soupçonne mes frères Bamougoum d’avoir aussi mis leur grain de sel dans cette mauvaise sauce au poisson de Congelcam. » soutient un cadre anonyme Bamougoum de Douala. Il explicite sa pensée ainsi : « Certaines actions du PDG sont controversées dans notre communauté. On le soupçonne d’avoir détourné le testament de Fô Kankeu, pour placer l’actuel Chef Moumbé Mitterrand. De même, on l’accuse d’avoir imposé ses parents comme chef de communauté dans les principales villes du Cameroun, d’avoir imposé les députés et le maire de la ville de Bafoussam. Même si les gens se taisent hypocritement, ils n’en pensent pas moins. » 

Assurer la RSE partout

Poursuivant notre enquête, nous avons rencontré un enseignant d’économie de l’université de Douala. Posant un regard différent sur le problème, il invoque d’abord les concurrents. « Congelcam SA est en situation de quasi monopole dans la commercialisation du poisson dans notre pays. Ses éventuels concurrents ne voient pas forcément cela d’un regard bienveillant. Eux aussi aimeraient faire du profit, mais c’est presque impossible, d’autant que la position politique du sénateur le rend pratiquement intouchable. » Selon lui, les attaques pourraient donc être commanditées par ces adversaires transis. Ngouchinghé semble donc cerné par des requins…

Il évoque aussi la responsabilité sociale (RSE) de l’entreprise Congelcam SA. « Le sénateur Ngouchinghé a beaucoup investi dans les actions sociales pour assurer la RSE de sa compagnie. C’est une très bonne chose. Hélas, il ne le fait que dans sa Région d’origine ! Or il ne vend pas du poisson seulement à l’Ouest. Ceci peut très bien créer des frustrations et appeler la « vengeance ». Celle-ci s’exprime alors sournoisement par ces attaques. » Pour limiter ces agressions dit-il, les entrepreneurs Bamiléké doivent assurer la RSE de leurs sociétés partout où ils opèrent, et pas seulement à l’Ouest.

Michel Mombio

Encadré 

Selon son site web, avec un capital de FCFA 9.000.000.000, la Congelcam SA est spécialisée dans l’importation, la distribution et la vente des produits de la mer et de certaines viandes. Employant près de 2000 Camerounais et générant plus de 3000 emplois indirects, sa force est telle qu’elle réceptionne un bateau entier de produits pratiquement tous les 5 jours. Pour écouler ses produits, l’entreprise, a des grands sites d’entreposage à Douala. Des camions frigorifiques acheminent ensuite les produits stockés vers d’autres sites disséminés dans les régions du Cameroun. De là, des camions plus légers ravitaillent les points de vente. 

Selon le site, la puissance de la Congelcam vient surtout de l’approche entrepreneuriale de son PDG. Il en cite trois éléments clés : 1) le réinvestissement des revenus pour accroitre ses activités en augmentant sa capacité d’autofinancement ; 2) il réduit le prix de vente en rapprochant ses produits des consommateurs partout au Cameroun (Centre, Ouest, Est, Sud, Nord-Ouest, Sud-ouest, Grand Nord) ; 3) il motive fortement son personnel. Cette politique a assuré le leadership de l’entreprise et fragilisé la concurrence.

En 2010, Congelcam SA fut classée par l’Institut National de la Statistique (INS), au 15ème rang des 100 premières entreprises en termes de chiffre d’affaire au Cameroun.

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